Bibliothèque du Parlement, Ottawa (Fotolia)
Bibliothèque du Parlement, Ottawa (Fotolia)

La souplesse des identités partisanes

Cette campagne électorale, d’une longueur inégalée, a certainement permis à tous les Canadiens de se faire une idée du type de gouvernement qu’ils désiraient. Il y a quelques semaines, la Conférence des évêques catholiques du Canada publiait un guide pour aider les citoyens catholiques à voter en conformité avec les exigences de la charité dans notre monde d’aujourd’hui. Quoi qu’il en soit, ce changement de garde sur la Colline nous suggère une certaine santé démocratique.

L’élection derrière nous, il serait désolant de considérer notre devoir accompli. En effet, la politique demande une implication et un souci constants. Que ce soit en s’informant ou en s’engageant personnellement pour une cause sociale, notre devoir de citoyen ne saurait se satisfaire d’un bulletin de vote tous les quatre ans.

Que l’on soit satisfait ou non du résultat du vote, nous devrions tous être fiers de la vitalité de notre démocratie. Deux exemples nous permettent d’arriver à une telle conclusion.

Au-delà des partis

D’abord, devant le déplacement impressionnant du vote qui a mené à la victoire le parti libéral du Canada, nous sommes forcés de constater la capacité de l’électeur canadien à sortir de la logique de parti.

En effet, notre allégeance à un parti politique doit toujours être soumise à un examen critique. Un parti défend un certain nombre de valeurs et une certaine vision du bien commun.

Le déplacement du vote peut manifester que les citoyens sont davantage attachés à leur conscience qu’au parti pour lequel ils auraient éventuellement voté à l’élection précédente. Ce point positif mérite donc d’être mis en lumière devant certaines critiques du comportement électoral des Québécois, qui les blâment pour leur volatilité.

Liberté de conscience

Une deuxième raison qui manifeste la bonne santé de notre démocratie est l’accord général selon lequel cette même primauté de la conscience personnelle devrait être transmise aux élus eux-mêmes. En effet, le mode de scrutin à la majorité ne signifie pas que le parti au pouvoir puisse imposer des décisions qui brimeraient déraisonnablement la liberté de conscience de tous les citoyens.

Au Canada, le gouvernement est le gouvernement de tous, non pas seulement de ceux qui ont voté pour lui. Dans le cas contraire, il s’agirait davantage d’une tyrannie de la majorité que d’une démocratie. Ainsi, dans notre système, la volonté législatrice des élus est normalement dirigée vers le bien commun. Ils ont donc heureusement la liberté de décider indépendamment de l’opinion des électeurs de leurs circonscriptions.

Au service du bien commun

De ces constats, deux conclusions s’imposent. Dans un premier temps, nous devrions toujours être conscients que l’exercice du pouvoir politique (et de tous les pouvoirs, y compris dans l’Église) est un service envers la population et doit être orienté vers le bien commun.

Comme l’affirme la Doctrine sociale de l’Église (no 168): « Pour garantir le bien commun, le gouvernement de chaque pays a pour tâche spécifique d’harmoniser avec justice les divers intérêts sectoriels ». Les nouveaux élus, bien qu’ayant été élus en fonction d’idées claires et de promesses électorales, doivent être en mesure de dépasser leurs intérêts propres et les orientations de leur électorat en s’ouvrant à un horizon plus large que ne le dicte malheureusement parfois l’idéologie partisane.

Deuxièmement, suivant l’enseignement de l’Église (no 170), les élus doivent comprendre que

le bien commun de la société n’est pas une fin en soi; il n’a de valeur qu’en référence à la poursuite des fins dernières de la personne et au bien commun universel de la création tout entière.

En ce sens, un gouvernement ne pourra prendre de décision contraire à la dignité et à la dimension transcendante de la personne humaine. Celle-ci s’exprimant à travers la conscience qui est « le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre ».

C’est pourquoi nous invitions le gouvernement élu à prendre des positions qui sont en accord avec les principes de la Doctrine sociale de l’Église: la dignité humaine, le bien commun, la subsidiarité et la solidarité. Des principes que nous défendons et qui orientent nos propositions aux nouveaux élus.

L’Observatoire Justice et Paix est un regroupement de citoyen(ne)s catholiques intéressés par les grands enjeux et débats qui animent la société québécoise et canadienne. Il se veut un lieu de réflexion, de formation et d’intervention sur les questions politiques et sociales contemporaines, le rapport entre la culture et la foi, ainsi que sur l’Église dans le monde de ce temps.

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