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La femme est-elle tout simplement compliquée ?

La femme est-elle simplement compliquée ? Point barre ? Combien de fois elle se fait dire : « Je ne te suis pas » ? Sans compter toutes les fois où elle ne se comprend pas elle-même et, par le fait même, ne se fait pas comprendre. Alors, on règle ses changements d’humeur par une pilule et on n’en parle plus. Ou bien on évite le sujet parce qu’il nous dépasse et que ça ne finit pas toujours bien… Jusqu’à ce qu’on tombe sur un petit bouquin de Gabrielle Vialla : Bien vivre le cycle féminin.

Plusieurs fois, j’ai entendu des femmes enceintes dire qu’elles souhaitaient un garçon plutôt qu’une fille. Parce que c’est moins compliqué, moins de problèmes à élever, moins exigeant… Dans certains pays, mettre au monde une fille est même une vraie malédiction.

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J’ai moi-même quatre filles et j’avoue m’être souvent sentie dépassée. Pourtant, je n’ai pas de dot à payer pour marier mes filles comme en Inde, ni à me soucier d’une politique natale autoritaire comme en Chine. Alors, pourquoi ce sentiment qui plane dans notre société qu’élever une fille est quelque chose de difficile, peu gratifiant, voire inquiétant ?

J’ai la forte impression que ce sentiment est teinté d’une ignorance. La nature féminine semble surgir des profondeurs, de l’intérieur, de l’invisible. Ce qui la rend peut-être plus difficile d’accès, y compris pour la femme elle-même.

Bien suivre les règles

Que la femme (et l’homme aussi, tant qu’à y être) se connaisse mieux en tant que femme… Vaste chantier !

Nous devrions peut-être commencer par enseigner, préparer la femme et l’homme à cette réalité tellement mutilée et méprisée, peu valorisée parce qu’incomprise, qu’est le mystère du cycle féminin dans tout son déploiement. Du coup, nous éviterions de réduire ce cycle aux simples règles, à l’ovulation, à la fertilité ou aux humeurs.

La femme n’est pas tout bonnement compliquée.

Elle n’est pas volontairement inconstante ou paresseuse non plus.

Elle est soumise à un cycle qui dépasse les simples sautes d’humeur. Un cycle prévu par la nature. Des SPM, des baisses d’énergie, des fatigues qui nous font ralentir la cadence que nous le voulions ou non, des pics d’énergie et de motivation qui nous rendent efficaces plus que nous l’espérions, une performance sportive variable, une concentration variable, autant de nuances qui entrent dans un plan qui nous dépasse tous, hommes ou femmes.

Dans Bien vivre le cycle féminin, Gabrielle Vialla – auteure et présidente du Centre Billings de France – nous expose ce mouvement complexe à l’aide de nombreux exemples et métaphores.

Bien entendu, la féminité ne saurait ni ne devrait en aucun cas être réduite à cet unique aspect hormonal. Mais convenons que la mise au rancart de cette dimension n’aide en rien la femme à accepter sa féminité.

D’emblée, Vialla nous rappelle qu’il est faux de penser qu’inconstance rime avec inconsistance. De la même manière qu’on ne reprocherait pas à la fleur de ne pas être toujours en mode floraison, ainsi le cycle que Dieu a tricoté en la femme est un mouvement qui contient, oui, la floraison, mais aussi la graine, puis le bourgeon qui a l’air de rien à première vue, mais qui est nécessaire pour laisser sa place pour un temps à la fleur. Mais celle-ci doit se faner pour donner un fruit qui porte en lui nombre de semences de ces fleurs magnifiques aux mérites uniques.

S’émerveiller du cycle délicat

Je pense qu’on peut avoir la fâcheuse habitude de ne rechercher que la fleur, comme si elle était le summum, l’accomplissement ultime de la plante. La beauté, l’émerveillement ne viennent pas seulement de la floraison, mais de la connaissance du cycle entier, de la façon dont chaque espèce produit à sa manière sa semence.

Que nous prenions le temps d’étudier les cycles naturels et nous en serons fascinés, émerveillés, émus.

Une partie du mépris que nous portons envers nous-mêmes vient aussi d’une méconnaissance de ce qui se passe en nous.

Si vous ne voyez pas ce que je veux dire, visionnez tout de suite un documentaire sur les abeilles, sur les fruits ou les légumes, les plantes, les étoiles, que sais-je. Je pense que ce sentiment peut être vécu par rapport à notre propre cycle et à celui de nos femmes, nos filles, nos sœurs. Mais nous y portons tellement peu attention qu’il peut nous passer sous le nez, et il est tout à fait possible de vivre une vie superficielle sans jamais admirer en profondeur la nature et son cycle. Rarement la contemplation d’un cycle naturel nous déçoit et nous laisse avec un poids dans l’âme. Pourquoi s’en tenir à ce sentiment devant le cycle féminin ?

Tout est cycle dans ce monde. La femme y est plongée, l’homme semble s’y soustraire, bien qu’il soit né dedans.


Les filles : trop chères ou sans valeur…

En Inde, on abandonne les fillettes si on en a trop, car avoir une fille signifie s’endetter jusqu’à la fin de ses jours à cause de la dot qu’elle doit donner lors de son mariage. Inversement, avoir plusieurs garçons est égal à s’enrichir des dots des belles-familles. Il n’y a pas si longtemps en Chine, les mères ou les grand-mères tuaient le deuxième enfant, spécialement si c’était une fille. Un proverbe chinois dit d’ailleurs qu’il est plus rentable d’élever des oies que d’élever des filles…

Voir à ce sujet le documentaire One Child Nation, de Nanfu Wang (États-Unis, 2019, 89 minutes).


Par ses explications, Gabrielle Vialla désire préparer (enfin !) les jeunes filles et les jeunes hommes à ce qui les attend durant leur vie adulte. Ce savoir ne se transmet pas aussi facilement qu’on le voudrait : on apprend sur le tas, non sans difficultés, à reconnaitre les signes des effets du cycle en soi.

Pour l’auteure, la manière dont le cycle évolue en la femme doit nous obliger au vrai combat autant pour les femmes que pour les hommes : celui de la vie intérieure. Elle pointe le fait que cette « inconstance » de la femme, mais véritablement ce mouvement, doit nous obliger à sortir d’un « perfectionnisme stérilisant ». Non, le rythme féminin ne doit pas suivre le rythme masculin. Il est différent, pour des raisons souvent obscures.

Rhythm’n’blues

J’ai parfois entendu des femmes dire qu’elles préfèreraient être un garçon.

À la limite, je pourrais comprendre qu’une femme vivant en Inde ou en Chine le dise, mais ici, un endroit où il est possible d’avoir accès à tous les emplois, à la liberté de choisir son conjoint, à la possibilité de dire ce qu’on pense, de voter… pourquoi penser cela ?

À la lumière de ce livre de Gabrielle Vialla, j’en viens à penser qu’une partie du mépris que nous portons envers nous-mêmes vient aussi d’une méconnaissance de ce qui se passe en nous.

N’est-ce pas aberrant ? Cela. Se passe. En nous…

Il est urgent d’apprendre à nos filles et à nos fils ce qui se passe dans la femme, à respecter son rythme. Qu’elle apprenne à se connaitre, de grâce, avant d’avoir des enfants ! Qu’elle apprenne à se reposer quand elle en a besoin, à réaliser qu’elle gagne à effectuer un travail intellectuel en début de cycle plutôt que vers la fin si elle remarque une baisse de concentration à ce moment. Qu’elle prenne un bain pour se détendre si elle vit plus d’anxiété après l’ovulation. Qu’elle ne s’en fasse pas avec le fait de n’être pas égale dans ses humeurs, qu’on le prenne avec un grain de sel quand il y a lieu, et avec sérieux dans d’autre cas. Qu’elle calcule ses performances sportives en comparant plusieurs mois entre eux et non en termes de semaines. Qu’elle réalise que son corps n’est pas un matériel neutre mis à sa disposition. Que se connaitre permet de poser de vrais oui et de vrais non.

Mais aussi, que l’on découvre au plus vite que chaque fille est unique et qu’aucune ne vit ces effets de la même manière qu’une autre ou avec la même intensité.

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Photo: Jan Kopriva/Unsplash

Que l’homme découvre cette complexité et ces mouvements profonds qui régissent l’âme, le cœur et le corps de la femme et qu’il s’en émerveille, qu’il apprenne à écouter, à accueillir ce cycle de la même manière qu’il s’émerveille de sa beauté extérieure et de la création entière. Qu’il prenne un temps de distance, de silence envers la femme, qu’il reconnaisse que rien de bon ne vient des moqueries entre hommes ou de la pornographie. Que « le respect de la femme fait grandir et structure la masculinité », comme le souligne Vialla dans son ouvrage.

Qu’il voie dans ce mouvement, qui rythme aussi le mouvement de la vie domestique, quelque chose qui peut contribuer à son bien à lui aussi. S’arrêter, contempler la création de l’intérieur, la comprendre non pour la posséder, mais pour elle-même. Se mettre à l’école de l’intériorité non pour rester plié vers soi, mais pour s’ouvrir à la contemplation de la merveille de la nature.

Et nous verrons, je l’espère, que « tout ce qu’Il avait fait [même le cycle féminin, oui oui], c’était très bon » (cf. Gn 1,31).

+ Pour aller plus loin…

Evan Grae Davis, It’s a Girl (documentaire), DMGI Studio, 2013, 64 minutes.

Camille Le Pomellec, « Les villages sans utérus : en Inde, des saisonnières agricoles sacrifient leur corps au travail », Revue XXI, été 2020, no 51, Paris, p. 6-21.

Marion Mayor-Hohdahl, Girl Killers (documentaire), Journeyman Production – ABC Australia, 2012, 43 minutes.

Gabrielle Vialla, Bien vivre le cycle féminin, Artège, 2020, 64 pages.


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Anne-Sophie Richard

Anne-Sophie Richard est mère de famille et détient un baccalauréat en philosophie. Elle s'intéresse particulièrement à la pensée d'Édith Stein et aux questions portant sur la féminité, la sexualité et l'éducation.

1 Comment

  1. Sérieux? Le Verbe profite de la journée internationale des droits des femmes pour se livrer à une représentation dramatique et exagérée de l’expérience féminine qui est réductionniste d’une manière insultante et qui insiste sur les limites intrinsèques de la féminité, en répandant les niaiseries sur la délicatesse, la faiblesse, la fragilité et l’inconstance de la femme. Ces stéréotypes fatigués du sexisme «bienveillant» sur la nécessité de respecter la faiblesse des femmes sont tout simplement insupportables. Ce type de réflexion malhonnête et puérile ne sert qu’à alimenter la misogynie systémique qui continue d’exclure les femmes. En somme, tout ce que cet article dit est “oui, tous ces vieux stéréotypes et préjugés nuisibles qui ont été utilisés pour dégrader les femmes et minimiser leur voix sont en fait vrais! Mais c’est pas grave, car tout cela fait partie du plan de Dieu!”

    Quelques points particulièrement révoltants de l’article:

    Commençons par le titre: “la femme est-elle tout simplement compliquée?” Le simple fait de poser cette question sert à normaliser des stéréotypes sexistes complètement dépassés. Pourquoi? Parce qu’aucune personne sérieuse semi-éduquée dans la société occidentale ne se pose cette question; c’est le sexisme d’hier, la société contemporaine a dépassé cela. Il est contre-productif de traiter un stéréotype sexiste fatigué comme s’il méritait une réponse, et cela décourage dès le départ les gens de vous prendre au sérieux.

    L’article fait plusieurs hypothèses chargées sur l’expérience des femmes qui sont néfastes et totalement injustifiées. Le premier renvoie à l’idée que les femmes sont compliquées. L’auteur suppose que les femmes ont régulièrement l’expérience de 1) se faire dire qu’elles n’ont pas de sens, que ce qu’elles disent est trop difficile à suivre et 2) ne pas se comprendre elles-mêmes et donc être incapables de se faire comprendre. La vérité est que ces expériences sont fondamentalement des expériences humaines qui arrivent à tout le monde et en disent beaucoup plus sur la personnalité que sur le sexe. Dire que cela arrive surtout aux femmes, ce qui implique que les femmes ont de plus faibles capacités de communication et moins de compréhension de soi, est manifestement sexiste, aucunement basé sur les preuves ou l’expérience et complètement malhonnête.

    L’auteur laisse entendre aussi que beaucoup ou la plupart des femmes de notre société veulent un garçon plutôt qu’une fille parce que les garçons sont supposés d’être moins compliqués, moins problématiques, moins exigeants. C’est complètement absurde. S’il est vrai que les parents préfèrent un garçon (en grande partie pour des raisons économiques) dans une société du tiers monde comme l’Inde dominée par des modes de pensée et de vie patriarcaux oppressifs, c’est catégoriquement faux dans la société occidentale. (Personnellement, j’ai souvent entendu le contraire, des parents qui plaisantent sur le fait de vouloir une fille précisément parce que les filles sont souvent considérées comme «plus faciles»). L’auteur implique également que de nombreuses femmes de notre société souhaitent être des hommes et se mépriser en raison d’une mauvaise compréhension de leur cycle féminin, une autre hypothèse absurde et infondée qui rappelle de manière inquiétante les idées freudiennes démythifiés sur l’envie du pénis, etc. Souhaiter être du sexe opposé est également une expérience qui arrive également aux hommes et aux femmes pour une pléthore de raisons différentes.

    Passons à la discussion sur le cycle féminin et ses effets. Sans même aborder la métaphore nauséabonde des fleurs (combien de temps faudra-t-il pour que les gens arrêtent de comparer les femmes aux fleurs!?), commençons par la remarque (dégoûtante) que les femmes ne sont “pas volontairement inconstantes ou paresseuses”, ce qui implique que l’inconstance et la paresse sont des traits caractéristique de la femme. Wow. Sérieux?? Cycle menstruel ou non, les femmes que je connais ne sont certainement pas inconstantes ou paresseuses par rapport aux hommes. Quelle absurdité. Puis on passe à une description du «SPM, des baisses d’énergie, de la fatigue qui nous oblige à ralentir que nous le voulions ou non, des performances sportives variables, une concentration variable», etc. Bref, une description exagérée qui joue directement dans le mains des institutions patriarcales.

    Si une femme est si instable, si imprévisible, a si peu de contrôle sur son humeur et son énergie, comment peut-elle lui faire confiance avec des postes de leadership et de responsabilité? L’article ne le dit pas explicitement bien sûr, il se concentre plutôt sur l’education des femmes sur leur cycle et leurs stratégies d’adaptation, mais cela est également problèmatique. Si j’avais suivi les conseils de cet auteur et confiné le travail intellectuel au début de mon cycle alors que la concentration d’une femme est censée être meilleure, je n’aurais (évidemment) jamais terminé mes diplômes en philosophie, littérature et psychologie. Ce n’est pas un conseil utile. Et ce n’est pas nécessaire – les femmes ne sont pas à la merci de leurs cycles menstruels comme cet auteur voudrait nous le faire croire, les femmes sont des êtres humains parfaitement fonctionnels capables d’accomplir autant que les hommes, quel que soit leur niveau dans leur cycle menstruel (comme on démontre tout le temps) Les femmes n’ont pas besoin des hommes pour «respecter» notre hypothétique «faiblesse». L’article prétend encourager une célébration du cycle féminin, mais il n’a en fait rien de concrètement positif à dire à ce sujet au-delà de quelques métaphores de fleurs forcées et de quelques commentaires vagues et totalement inutiles sur le plan mystérieux de Dieu pour les femmes (ce qui, si l’on se fie à cet article, semble un peu sadique). Il ne faut pas beaucoup de travail de détective pour se rendre compte que le véritable programme de l’article est une critique mal déguisée des femmes qui choisissent de s’autonomiser en utilisant le contraception pour réguler leur cycle menstruel.

    Encourager une meilleure connaissance du cycle menstruel peut en soi être utile pour certaines femmes, mais pas dans une perspective misogyne comme celle-ci. Et quand un article comme celui-ci provient d’une source catholique, c’est-à-dire une église avec presque zéro femmes en positions d’autorité et une politique d’exclusion systématique des femmes, cela semble assez suspect.

    En tant que catholique qui a beacoup suivie Le Verbe pendant quelques années, je suis triste de dire que même si je suis déçu, je ne suis plus du tout surpris de voir Le Verbe propager ce genre de pensée néfaste. Je regrette de ne plus pouvoir soutenir un journalisme aussi toxique et je vais encourager mes amis catholiques à trouver et à soutenir des sources alternatives. Je sais que je ne suis pas le seul à ressentir cela et le fait que les commentaires dissidents aient quasiment disparu des publications de Le Verbe confirme mon soupçon que le journal a déjà perdu beaucoup de followers et d’influence, et vit maintenant dans un écho chambre. En tant que l’un des rares médias catholiques au Québec, cette revue avait une opportunité et une responsabilité incroyables et je suis très déçu qu’elle les ait gâcher.

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