Photo: Pixabay (Republica - CC)
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Faire de la politique?

Est-ce qu’un chrétien peut faire de la politique? Est-ce qu’il devrait en faire? Une vieille question qui ne perd pourtant jamais de son actualité… 2000 ans après le célèbre « rendez à César ce qui revient à César ».

Difficile pour le chrétien de faire de la politique. Deux raisons sont souvent évoquées pour expliquer ce désengagement. La première c’est que l’engagement nécessitera de mettre au placard certaines vérités afin d’être entendu; la seconde est que si le chrétien s’implique au sein d’un organisme catholique, il tombera vite aux oubliettes. La première demande au chrétien de renoncer à des causes trop polémiques pour s’investir dans ce qui est encore accessible à la liberté de pensée, il doit donc se censurer. La seconde ne demande pas la censure puisque le milieu est chrétien, mais puisque ce milieu est aujourd’hui peu entendu et peu visible il ne sera pas efficace. Nous avons donc un double problème.

Le chrétien et la politique

Pour tenter de résoudre ce que nous venons de montrer il faut nécessairement se demander s’il revient du devoir de chrétien de faire ou de s’impliquer en politique. Il est vrai que depuis 50 ans au Québec, et 100 ans en France, la séparation de l’Église et de l’État est un dogme « républicain » intouchable. Il ne serait dans l’avantage de personne de le remettre en question, mais il faut se demander ce qu’il implique pour la personne chrétienne. Cette séparation est l’apanage du monde moderne qui, par la suite de ses révolutions populistes, en est arrivé à considérer que l’institution ecclésiale et l’institution étatique ne pouvaient être confondues, leur finalité n’étant pas la même.

En d’autres mots, la vie chrétienne peut-elle ou doit-elle se limiter là où elle ne dérangera le public?

Il est vrai que l’Église cherche le salut des hommes et que l’État cherche (normalement) le bien commun sur terre. Finalité distincte, mais moins éloignée que ce qu’on pourrait croire. La question qu’il importe de se poser maintenant c’est si cette séparation implique la mise en place des vertus chrétiennes au strict registre de la vie privée. En d’autres mots, la vie chrétienne peut-elle ou doit-elle se limiter là où elle ne dérangera le public?

La philosophie politique des « lumières » (en passant par Locke ou Mill) ou la philosophie de la Renaissance (que ce soit celle Machiavel ou de Hobbes), se fondent sur un présupposé égoïste de la nature humaine et de l’importance de l’État comme « mal nécessaire » pour empêcher un état de guerre perpétuel entre les hommes. Cela implique que la vie publique, que l’État et que sa participation à celui-ci n’est pas un bien, mais un mal nécessaire à la survie, ou pour reprendre le mot d’ordre de ces philosophes à la « préservation » de notre être. Si tel était le cas, si la res publica n’est en rien l’œuvre nécessaire à l’accomplissement de la nature humaine, mais la contingence de notre égoïsme, le chrétien devrait s’en éloigner et tenter de former de petites communautés ou des ermitages.

Si la res publica n’est en rien l’œuvre nécessaire à l’accomplissement de la nature humaine, mais la contingence de notre égoïsme, le chrétien devrait s’en éloigner et tenter de former de petites communautés ou des ermitages.

N’ayez crainte, nous ne saurions représenter une telle conception. Depuis Aristote jusqu’à Jacques Maritain, en passant par Saint Thomas d’Aquin, la philosophie et la théologie chrétiennes ont toujours insisté sur le bienfondé de la vie publique et sur la nécessité des gouvernements, qu’ils soient monarchiques ou républicains. Cela va de soi puisque l’homme ne peut vivre hors de la société et que sa nature est sociale. N’est-ce pas parce que nos parents nous ont parlé et enseigné le français qu’aujourd’hui nous pouvons lire ce texte? Cette langue française ne permet-elle pas la communication entre nous pour que nous puissions socialiser et arriver à notre fin commune? Or cet enseignement reçu par nos parents est le signe de la première communauté naturelle, et cette communauté familiale est elle-même nécessaire à l’apparition de la vie. La responsabilité des uns envers les autres via nos diverses capacités (inégales, faut-il le rappeler) à travers les premiers liens familiaux est un signe du bienfondé de la vie publique.

Naturellement, le chrétien est donc appelé à faire de la politique, mais aussi théologiquement puisqu’il est porteur d’un message s’adressant à tous et en tout temps. Ce message, l’évangile, doit aussi transparaitre sur la place publique.

Nous ne disons pas qu’il faudrait monter sur la scène du Festival d’été pour crier haut et fort le kérygme. Le message passerait moins bien que celui de Madonna dans ce cas. Il faut cependant que, par ses actions et ses prises de paroles, l’évangile transcende la personne chrétienne, et qu’il porte aux cœurs et aux intelligences le message chrétien de manière à ce qu’il soit entendu. Le chrétien doit donc faire de la politique, s’opposer aux lois lorsqu’elles sont contre nature, en proposer d’autres pour aider l’homme et enfin chercher le bien de tous.

Suis-je le gardien de mon frère?

Nous pourrions nous demander alors – à la manière de Caïn – s’il est de notre devoir d’aider, de protéger et de prévenir les autres. Après tout, qui sommes-nous pour imposer ou proposer aux autres notre conception des choses? Ne sommes-nous pas libres de faire ce que bon nous semble (tant que je ne nuis à personne)? Si je possède la bonne réponse à une question problématique quelconque, et que je vois une autre personne ne possédant pas cette réponse s’enfoncer, il va de l’ordre du devoir de l’aider. En ce sens, l’immoralité des dernières décennies propose de laisser chaque personne « libre », donc non responsable des autres.

Le chrétien reconnait ses devoirs et sait qu’il doit se porter garant et protecteur des autres non pas dans son intérêt personnel, mais pour le bonheur de tous. La politique est le lieu par excellence pour exprimer ce devoir d’aide et de bienveillance. Le chrétien que nous présentons n’est pas un surhomme parfait qui doit tendre sa main pour aider l’ignorant, non pareillement le chrétien se doit d’écouter et être attentif au bien commun. Il n’est pas plus à l’abri de l’erreur parce qu’il professe la foi. Au contraire, on pourrait même dire qu’il est bien plus à risque, ce qui demande la vertu de prudence.

La mission de l’Observatoire

C’est dans l’optique de chercher le bien commun et d’inciter les chrétiens à faire de la politique, en la commentant, en se mobilisant et réfléchissant à la lumière de la Doctrine sociale de l’Église que l’Observatoire Justice et Paix a été fondé.

Nul ne doute que nous aurons de la difficulté à nous faire entendre. Le fait que le message chrétien, pour plusieurs de nos contemporains, semble être dépassé nous oblige à débuter le travail humblement. Le devoir du chrétien est d’être le gardien de son frère et réinvestir la place publique avec la lumière de la longue tradition chrétienne est le moyen pour l’accomplir. Tout en restant charitable!

Ainsi, à travers nos colloques, nos formations, nos soirées « Bière et politique » et notre participation à la revue Le Verbe, nous tenterons d’intervenir pour le bien commun.

C’est donc parce que la nature de l’homme est sociale et que nous voulons porter le message de l’évangile à travers la politique que vous pourrez lire les différentes réflexions de l’Observatoire via Le Verbe. Prochainement, nous discuterons de l’importance de la foi et de la culture, de la dignité et bien sûr de l’évolution politique actuelle.

 

Raphaël Giguère pour l’Observatoire Justice et Paix

L'Observatoire Justice et Paix

L’Observatoire Justice et Paix est un regroupement de citoyen(ne)s catholiques intéressés par les grands enjeux et débats qui animent la société québécoise et canadienne. Il se veut un lieu de réflexion, de formation et d’intervention sur les questions politiques et sociales contemporaines, le rapport entre la culture et la foi, ainsi que sur l’Église dans le monde de ce temps.

2 Comments

  1. « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » (Mt 22,21) Cela me fait penser à cette célèbre réflexion de Mgr Fulton J. Sheen dans sa magistrale « Vie du Christ » :

    « Une fois de plus Il déclarait que son Royaume n’était pas de ce monde, que la soumission à sa personne n’est pas incompatible avec la soumission au pouvoir séculier, et que la liberté politique n’est pas la seule liberté qui compte. Aux pharisiens qui haïssaient César il était recommandé de “rendre à César”. Aux hérodiens qui, pour le service de César, oubliaient Dieu, était rappelé le principe fondamental : “rendez à Dieu”. Si on avait rendu à Dieu ce qui Lui était dû, on ne se serait pas trouvé dans l’état d’avoir à donner trop à César. Jésus était venu pour restaurer d’abord les droits de Dieu. Il leur avait déjà dit, s’ils cherchaient d’abord le Royaume de Dieu et Sa justice, tout le reste, et notamment la liberté politique, leur serait donné par surcroît.

    La pièce de monnaie portait l’effigie de César, mais quelle image portaient les questionneurs ? N’était-ce point l’image de Dieu Lui-même ? C’est cette image qu’Il s’appliquait à restaurer. Pour le moment, le régime politique pouvait rester ce qu’il était, et c’est pourquoi il ne lèverait pas le doigt pour changer leurs pièces de monnaie, tandis qu’Il était prêt à donner Sa vie pour les amener à rendre à Dieu ce qui est à Dieu. »

  2. Il y a un choix entre deux options en politique,
    soit que vous voulez accéder au plus tôt au pouvoir exécutif,
    soit que vous voulez faire avancer des idées.

    Dans le premier cas, vous aurez à faire des compromissions avec tous les pouvoirs. Vous aurez les mains attachées et vos réformes seront minces.
    Dans le second cas, ce sera très difficiles; parce que vous ne pouvez pas offrir de récompenses à ceux qui vous appuierons. Le financement sera très difficile à faire. Alors vos gains électoraux seront faibles. Il reste à choisir vos idées.

    Si c’est pour répandre la connaissance du Dieu unique et trin, vous êtes perdus. De plus, c’est la mission des Églises et elles n’y arrivent pas.
    Si c’est pour combattre les chartes, vous êtes perdus. Mais si c’est pour les améliorer en y ajoutant les responsabilités, les devoirs et les obligations, vous aurez de l’écoute.
    Si c’est pour faire connaître le commandement de Dieu «Tu ne voleras pas», vous êtes perdus. Si c’est pour lutter contre la corruption, vous aurez de l’écoute.
    Si c’est pour faire connaître votre loyauté envers «la doctrine sociale de l’Église catholique», vous êtes perdus.
    Si c’est pour combattre l’avortement, vous êtes perdus. Si c’est pour défendre la vie, vous aurez à être très habile.
    Vous aurez à décider d’une position constitutionnelle. Si vous vous affirmez fédéralistes ou souverainistes ou socialistes ou capitalistes ou gauche ou droite, vous êtes perdus, car les places sont occupées. Si vous restez entre deux chaises, vous mijoterez.

    En sommes, l’électeur est un croyant et un citoyen. En politique, on s’adresse au citoyen. À l’Église, on s’adresse au croyant.

    Quels croyants sont prêts à y investir leur temps et leurs ressources, sans retour sur l’investissement ? Le nombre d’élus sera négligeable dans un régime de bipartisme. Pourtant ce parti est nécessaire, sans quoi il y a des gens qui triomphent que par l’absence de suffisamment de gens de bien.

    En plus, il y aura les compromis à faire, particulièrement dans l’élaboration du programme et l’organisation du parti.

    Il y a l’aide de Notre Seigneur! Mais aides-toi et le ciel t’aidera.

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