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Carême et cure détox

Photo: Fotolia
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Encore cette année, je vois certains de mes amis athées faire le carême, ou plutôt s’imposer diverses privations pendant les quarante jours précédant Pâques. L’une s’empêche de manger des sucreries, son péché mignon, alors que l’autre en profite pour amoindrir son addiction à la caféine. L’un se maintient sobre, l’autre arrête de fumer. Quelques commentaires sur cette pratique.

Je dois dire d’emblée que j’ai beaucoup de respect pour ces amis. Ils sont le signe vivant que nos traditions chrétiennes se perpétuent dans la culture populaire d’aujourd’hui. Il n’est pas toujours facile de préserver l’héritage religieux de notre famille, de notre société quand on n’a pas la foi.

J’admire même ces amis, car j’ai pu observer sur les médias sociaux qu’ils sont souvent confrontés aux questions et même aux moqueries. Ils doivent défendre leur pratique et partagent, momentanément, les préjugés entretenus à l’égard des catholiques.

Dans notre Québec complexé par son passé religieux (voir à ce sujet le dernier numéro du Verbe sur l’Histoire), ils font preuve d’un courage que peu manifestent. Ils incarnent une mémoire réconciliée que plusieurs aimeraient voir se propager dans la population.

Le triathlon, ou presque

Pourtant, quelque chose cloche. Je dois le dire. Si quelqu’un vous disait « Je viens de faire un triathlon! » après avoir nagé un kilomètre et demi, vous lui diriez « Pas vraiment, il te manque quarante kilomètres de vélo et dix de course ».

C’est très bien nager aussi longtemps, mais ça ne fait pas un triathlon pour autant. De la même manière, c’est très bien de se priver du superflu entre le Mercredi des Cendres et le Vendredi saint, mais le carême ne se limite pas à ça. Il manque encore la prière et la charité pour obtenir l’état de pénitence visé par les chrétiens pendant ces quarante jours de montée vers Pâques.

Sans ces deux éléments omis par les athées, leur type de carême finit par ressembler aux campagnes de santé et bien-être lancées à la société civile par l’État ou par divers organismes. Au fond, qu’est-ce qui le distingue du Défi 28 jours sans alcool, du Défi j’arrête j’y gagne ou du Défi 5/30, si ce n’est la durée ?

On se dit qu’il est bon pour notre santé, on espère même perdre du poids. Il n’y a pas de mal à ça, moi aussi je l’espère secrètement.

Je dirais même que le carême de certains ressemble à un régime.

En le faisant, on se dit qu’il est bon pour notre santé, on espère même perdre du poids. Il n’y a pas de mal à ça, moi aussi je l’espère secrètement. Ou encore, on veut se prouver qu’on est capable de se passer de quelque chose. C’est vrai que c’est dur de remédier à nos dépendances, de se passer de nos petites gâteries. Là où le régime et le carême se distinguent, c’est que le poids, la santé, le bien-être sont des conséquences secondaires du carême, alors qu’ils sont l’objectif principal du régime.

La faim est un moyen

L’esprit du carême, comme je l’ai dit plus haut, est la pénitence. La privation n’est pas une fin, mais un moyen. C’est aussi pourquoi le carême dépasse le défi, car on vise beaucoup plus que son simple accomplissement. L’abstinence se transforme en prise de conscience à chaque fois qu’on se dit « quelle chance nous avons d’avoir tout ça » ou « est-ce que j’en ai vraiment besoin? ». Et ça, vous le voyez bien, c’est accessible aux croyants comme aux athées.

Quoi qu’il en soit, je laisse à mes amis athées la discrétion de poursuivre leur carême habituel ou de tenter de l’axer davantage sur la pénitence, en ajoutant la charité et la prière à leurs privations. Mon objectif n’est pas de leur dire quoi faire, mais simplement de leur apprendre – s’ils ne le savaient pas déjà – qu’ils ne pratiquent qu’une version tronquée du carême chrétien.

Je conclurai en réitérant mon avis initial à l’effet que cette pratique est respectable et j’ajouterais même qu’elle doit être encouragée.

Nombreux sont les Québécois qui ont encore le réflexe de se marier à l’église, d’aller à la messe de Noël, de faire baptiser leurs enfants, et ce, même s’ils n’ont pas la foi. On peut s’en attrister quand on voit que plus personne ne sait quoi répondre dans les enterrements, mais il faut aussi voir dans cette ouverture des occasions de conversion sincère.

Ces habitudes, dont fait partie le « carême des athées », doivent à mon avis être accueillies avec la plus grande sympathie. Peut-être que de telles pratiques contribuent à la folklorisation de la pratique religieuse au Québec, mais, qui sait, peut-être est-ce aussi par là que passera la guérison de notre mémoire collective.

Ariane Malchelosse

Jeune mère au foyer exilée au États-Unis, où elle vit avec son mari et leur fils, Ariane est diplômée en science politique, mais surtout passionnée de périnatalité. Elle se plait à réfléchir sur le Québec d'aujourd'hui et la parentalité.

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