Laurent Turcot
Photo prise sur la page Facebook «L'Histoire nous le dira».

À propos « Des prêtres catholiques mariés » de Laurent Turcot

J’apprécie généralement le travail de vulgarisation de Laurent Turcot. Or, les raccourcis historiques de sa dernière capsule renforcent malheureusement certains préjugés sur l’Église catholique. Force est de constater qu’il n’y a aucun spécialiste de l’histoire de l’Église ou de théologien catholique dans les auteurs de ce texte utilisé par M. Turcot, lesquels auraient grandement aidé à la rigueur de sa capsule.

Quelques inexactitudes :

« Le pape François est pressenti comme celui qui peut ouvrir un peu les portes sur ce sujet […] Pendant plusieurs siècles, l’Église accepte sans problème des prêtres mariés ».

Et elle en accepte toujours !

Dans tous les rites orientaux de l’Église catholique, encore aujourd’hui, des hommes mariés peuvent être ordonnés prêtres. Le célibat sacerdotal est uniquement une discipline du rite latin qui représente la moitié des rites existant dans l’Église catholique.

Aussi, le pape François a rappelé que le célibat ecclésiastique n’est pas un dogme. C’est une discipline dont on peut débattre, mais il a affirmé ne pas souhaiter personnellement la modifier.

« Dès cette époque, le discours officiel interdit aux prêtres de se marier, et même d’avoir des relations sexuelles mais ces mesures semblent n’être qu’un discours à cette époque, et le mariage des clercs est alors extrêmement courant, et même banal. »

Selon la tradition des églises orientales, qui remontent à l’antiquité, l’homme est ordonné dans l’état de vie dans lequel il arrive avant son ordination diaconale : s’il est marié, il reste marié, s’il est célibataire, il reste célibataire.

Donc, c’est l’ordination d’hommes mariés qui était banale et non pas le mariage des clercs !

À partir du 4e siècle, il est vrai que les hommes, une fois ordonnés, ne pouvaient demeurer avec leur femme ni s’unir à elle, mais c’était ceux qui étaient ordonnés avant même d’être mariés. Il y avait de quoi aussi décourager les hommes mariés à vouloir devenir prêtres!

Et ce n’était pas seulement un discours informel, ce sont des canons proclamés dans des conciles, donc ces déclarations sont très officielles !

« Tout change au XIe siècle, avec la Réforme grégorienne. L’interdiction du mariage pour les prêtres est affirmée en 1059 par Nicolas II puis par Grégoire VII en 1074. »

Encore ici, ce n’est pas l’interdiction du mariage pour les prêtres. C’est plutôt l’interdiction d’hommes mariés à devenir prêtres… C’est la seule chose qui change pour l’Église catholique latine.

« C’est pourquoi le mariage des prêtres — que l’on va alors appeler concubinaires — va être assimilé à de la luxure, un péché mortel qui peut mettre en péril la validité des sacrements que les fidèles reçoivent. À partir des années 1070, la papauté affirme ainsi que les prêtres mariés ne peuvent pas délivrer les sacrements. Elle va même durcir sa position, en interdisant à un prêtre de vivre sous le même toit qu’une femme. »

Ce n’est pas le mariage des prêtres qu’on a assimilé à la luxure, c’est le fait qu’un homme s’unisse à une femme avec laquelle il n’est pas marié. Ce qui est vrai aussi pour les laïcs dans la morale chrétienne.

Le concubinage est précisément qu’un homme et une femme vivent ensemble comme des époux (avec les pratiques qui en découlent) avant d’être mariés.

En second lieu, la validité des sacrements ne dépend pas de la situation morale du prêtre. Cette idée est une hérésie appelée « donatisme » condamnée par l’Église durant l’antiquité.

Il faut plutôt comprendre que les prêtres qui pèchent par luxure ou par concubinage étaient exclus du sacerdoce. C’est le Canon XI du 2e Concile du Latran qui l’affirme. Donc, en perdant l’exercice de leur sacerdoce, ils ne peuvent plus administrer les sacrements. Les sacrements d’un prêtre hors fonction sont invalides.

De plus, l’Église ne durcit pas sa position, puisque cette interdiction est déjà mentionnée au Concile d’Elvire en 300. Cette interdiction regarde les femmes « incontinentes » ou les épouses des prêtres, mais pas une mère, une tante, une sœur, etc.

***

Il y aurait enfin d’autres points dans cette capsule qui mériteraient des explications et des nuances. On voit bien toutefois comment la mauvaise compréhension du principe de célibat avant ou après ordination vient complètement nuire à la compréhension générale des historiens qui ont écrit le texte de M. Turcot.

Pour lire la discussion courtoise qui s’en est suivie avec M. Laurent Turcot, voir les commentaires sous cette publication Facebook:


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Jeune époux et père, James travaille pour Le Verbe comme adjoint au rédacteur en chef. Il a étudié l'éducation, la philosophie et la théologie. Sa curiosité le pousse autant à la dispersion qu'à une soif d'aller jusqu'au fond des choses.

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