LeRouzès
Dominic LeRouzès

Que nous prépare le Père Dom Cuisine ?

Pendant le confinement, les fidèles ont pu nourrir leur foi grâce aux nombreux rendez-vous en ligne du père Dominic LeRouzès, réalisés en collaboration avec l’Église catholique de Québec. Le nouveau responsable de la pastorale jeunesse a également lancé, début juillet, son émission de cuisine Père Dom Cuisine. Le Verbe a pu s’entretenir avec lui afin de découvrir l’origine de cette nouvelle occupation plus qu’originale, et pour revenir sur son expérience personnelle et professionnelle au cours de la pandémie.  

Pendant le confinement, vous avez conclu un partenariat avec l’ECDQ, comment ce projet a-t-il vu le jour ?

J’étais assis à mon bureau lorsque l’annonce de la fermeture des églises est tombée. Je me suis alors demandé ce que j’allais faire ; je pensais à tous ces gens qui ont besoin de se rassembler avec leur communauté.

C’était certain que j’allais me tourner vers le Web, mais habitué à être devant la caméra, j’avais besoin d’une équipe habile de l’autre côté. Je me suis alors demandé ce qu’allait faire l’ECDQ et j’ai eu l’idée de faire un partenariat avec elle. Elle a accueilli mes services avec grand plaisir. C’est ainsi que je suis passé de vicaire de Sainte-Famille-de-Beauce à vicaire du diocèse de Québec. 

Qu’est-ce que la « Couronne de vie » ?

La webtélé de l’ECDQ a mis en place l’Opération « Couronne de vie » afin de rejoindre les fidèles pendant la pandémie. Avant cela, trois ou quatre reportages étaient réalisés par semaine, mais pendant le confinement, on s’est donné le défi d’assurer quatre rendez-vous par jour. Il y avait un topo des nouvelles du jour, une messe virtuelle, une capsule d’enseignement et un temps de prière. C’était beaucoup, mais on a tenu le coup ! (rires) 

Comment décririez-vous votre expérience d’évangélisation avec l’ECDQ pendant la pandémie ?

Très belle ! À la fin du confinement, beaucoup de gens nous ont dit « heureusement qu’on avait la “Couronne de vie” », car ils avaient ainsi pu rester branchés à Dieu. Certains disaient avoir renouvelé leur foi et d’autres l’avoir découverte. Je suis très heureux et fier de ça. Nous avons travaillé fort et ça a porté fruit.

De plus, malgré la distance, nous avons eu de beaux moments de grâce. Je pense particulièrement à la Vigile pascale où nous avions plus de 1 400 personnes en direct ; les gens partageaient leurs intentions de prières et se répondaient entre eux. À ce moment-là, on a vraiment vécu les expériences de la vie communautaire et de la communion spirituelle.

Vous êtes connu pour être passionné par les jeunes. D’où vient cette passion ?

Il y a une authenticité chez les jeunes que j’aime beaucoup. À l’adolescence, on pose les vraies questions et on va au fond des choses, alors qu’à l’âge adulte, tout un processus de conformité à la société s’installe qui fait que l’on n’ose plus poser ces questions. 

Il y a une authenticité chez les jeunes que j’aime beaucoup. À l’adolescence, on pose les vraies questions et on va au fond des choses.

Je trouve qu’il y a une grande beauté dans la rencontre des jeunes avec Dieu, surtout chez ceux qui n’ont pas grandi dans la foi chrétienne. Les aider à mettre les bons mots sur l’expérience spirituelle forte qu’ils ont vécue, ça, c’est formidable et ça m’a toujours attiré et fasciné. 

Enfin, je me dis que si on rejoint les jeunes, alors on rejoint tout le monde, car si nous sommes incapables de donner des réponses convaincantes à leurs questions, alors on ne sera pas capable de convaincre les générations futures. 

Quels sont les gouts et les dégouts que vous retrouvez le plus souvent chez les jeunes croyants et non croyants ?

Pour ce qui est des gouts, les jeunes aiment voir leurs forces, leurs talents et leurs charismes être déployés. Ils aiment apprendre à se connaitre et découvrir des facettes qu’ils ne connaissaient pas d’eux-mêmes. 

Le dégout le plus récurrent est, quant à lui, lorsqu’on les aborde comme s’ils étaient un projet. En d’autres mots, les jeunes n’aiment pas sentir que leur parcours de foi est prédéterminé et va les mener à un endroit précis. Je crois qu’ils aiment être accompagnés, tout en étant libres de découvrir leur chemin par eux-mêmes. Planifier leur parcours en les inscrivant à toutes sortes d’activités pastorales, par exemple, est une vraie allergie pour eux !          

Selon vous, quelle est, en 2020, la mission de l’Église au Québec ?

Encore aujourd’hui, la mission de l’Église est d’annoncer le Christ et de faire des disciples. Cependant, je crois qu’il faut renouveler le langage pour qu’il touche davantage la réalité des gens. 

Aujourd’hui, au Québec, la rhétorique contemporaine se caractérise par des gens inspirants qui parlent au « je » et qui partagent leurs expériences et apprentissages personnels. Et ça fonctionne très bien. Il faut que l’Église soit moins discursive et beaucoup plus narrative et symbolique pour aller davantage toucher le cœur des gens. 

Je m’inspire beaucoup du Manuel de survie pour les paroisses qu’a écrit le prêtre James Mallon, fondateur du mouvement Divine renovation. Je signe tout ce qu’il avance dans son livre.  

Vous qui utilisez beaucoup les technologies et les réseaux sociaux, y voyez-vous un avenir pour l’Église ? 

Je pense que oui, car le système actuel de la paroisse connait une crise. Je crois beaucoup en ce dernier, mais il doit être renouvelé aux gouts du jour pour que sa présence soit véritable dans la société. 

Comme le pape François le disait, le concept de la paroisse est assez plastique pour pouvoir correspondre aux réalités. Selon moi, les réseaux sociaux sont une amorce et une façon de rejoindre les gens là où ils sont, toutefois, ils ne donnent pas réellement la foi. Il faut donc y créer des communautés de jeunes pour qu’ensuite elles se rassemblent et se soutiennent entre elles. 

Jésus a dit « soyez rusés comme les serpents et candides comme les colombes » et, pour moi, utiliser les réseaux sociaux est de cet ordre-là. 

Au début de juillet, vous avez lancé votre émission de cuisine. D’où vous est venue cette idée ? 

Tout a commencé pendant le confinement. Puisque je ne pouvais plus vivre chez ma mère qui a plus de 70 ans, un couple m’a hébergé. Je leur ai demandé ce qu’ils voulaient que je leur donne pour les dédommager de ma pension et ils m’ont répondu qu’une messe le samedi soir serait super, ce que j’ai fait… accompagné d’un repas gastronomique. C’est ainsi que j’ai élargi ma palette et découvert que j’avais un talent en cuisine. 

De plus, beaucoup de personnes me demandaient mes recettes et m’encourageaient à lancer ma propre émission culinaire, ce que j’ai décidé de faire. 

Je crois beaucoup que l’Évangile passe à travers les activités quotidiennes de la vie.

Quelle est votre mission au travers de cette émission ?

Je crois beaucoup que l’Évangile passe à travers les activités quotidiennes de la vie. Selon moi, il y a plus de chances de transmettre la foi par une activité que tout le monde fait plutôt que par un discours frontal qui va faire peur. 

Or, la cuisine, ça nous touche tous, puisque nous avons tous besoin de manger et, en plus, c’est super « in » en ce moment, ce qui fait que je peux rejoindre beaucoup de monde, croyants comme non-croyants. Je veux donc faire de la cuisine, chose qui me passionne, tout en gardant mon identité de prêtre et en continuant de remplir ma mission qui est celle d’annoncer la Parole de Dieu. 

Comme Jésus prenait des choses terre à terre pour parler de Dieu et de son Royaume, je prends un élément de chaque recette que je fais et j’en fais une analogie avec l’Évangile.

Y voyez-vous un projet à long terme ?

Au début, la page de cuisine n’était rien d’autre qu’un projet de vacances. Pour l’instant, ça fonctionne bien, le nombre de vues de mes émissions est même au-delà de mes espérances. Après, on verra ce que ça donne à long terme. Peut-être y aura-t-il la possibilité d’y voir un aspect financier et d’en tirer des fonds pour la pastorale jeunesse ! Dans tout ça, je m’amuse beaucoup et je ne me prends pas au sérieux. 


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Dans la jeune vingtaine, Frédérique aime jaser avec les gens et découvrir de nouveaux horizons. Ce n’est pas pour rien qu’elle étudie en communications et rêve de devenir journaliste à l’international.

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