Lamphone Phonevilay
Photo : Le Verbe

Lamphone Phonevilay : des jeux vidéos à la vie religieuse

Lamphone Phonevilay est originaire du Laos, mais a grandi à Montréal, où il a fait deux expériences de Dieu qui ont changé sa vie à jamais. Il nous a raconté ses deux moments de grâce qui l’ont conduit des jeux vidéos jusqu’à la vie religieuse.

Lamphone, est-ce que tu dirais que tu as grandi dans la fois chrétienne ?

Le Laos n’est pas un pays chrétien à la base, c’est plutôt bouddhiste et animiste. Il y a toutefois une petite minorité catholique dont mes parents faisaient partie. Même si j’ai été baptisé petit, je ne peux pas vraiment dire qu’ils m’ont transmis la foi cependant. Nous allions seulement à la messe trois ou quatre fois par année dans la communauté laotienne de Montréal et davantage pour des raisons sociales que spirituelles.

Comment as-tu commencé à croire en Dieu alors ?

Je dirais que j’ai eu deux expériences de Dieu. Une durant mon enfance et l’autre à l’âge adulte.

Lorsque j’étais en 5e année du primaire, j’ai commencé à poser la question de l’existence de Dieu. Il me semblait à l’époque que si Dieu existait, je ne pouvais pas vivre ma vie comme s’il n’existait pas. Notre enseignante avait dit un jour en classe : « Vous savez, c’est écrit dans l’Évangile que tout ce que vous demandez au Bon Dieu, il vous l’accordera. » L’enfant de 10 ans que j’étais a retenu cette phrase-là.

J’ai alors commencé à prier Dieu sous les couvertures le soir en lui demandant toutes sortes de choses. C’est drôle, mais tout ce que je demandais à Dieu en termes de cadeaux, je le recevais toujours.

Je me souviens, quand j’étais en secondaire un, j’avais demandé à Dieu quelque chose qui me semblait impossible à avoir. J’ai prié : « Dieu, si tu existes, donne-moi un Sega Genesis demain. »

Le lendemain, alors que ce n’était ni ma fête ni Noël, j’arrive à la maison, et je montre mon bulletin scolaire à mon père. Il me dit : « Ah je suis tellement fier de toi, demande-moi n’importe quoi, je vais te l’acheter. » J’ai dit : « Même un Sega Genesis ? » et il m’a répondu : « Oui, même un Sega Genesis ! ».

Depuis que je vis tous les jours avec Dieu, c’est comme si j’avais le morceau qui me manquait pour que le casse-tête soit complet.

Les jours suivants, quand je jouais aux jeux vidéos, je me disais : « Dieu existe ! Dieu existe ! Dieu existe ! » Ça me semblait inconcevable que mon père qui était tellement contre les jeux vidéos puisse m’acheter quelque chose d’aussi cher, surtout que nous n’étions pas riches comme famille immigrante.

À partir de ce moment-là, j’ai commencé à m’intéresser à Dieu et à lire des livres sur la foi. J’allais même à la messe tout seul par moi-même, alors que je n’étais qu’un jeune adolescent. Mes parents ne comprenaient pas trop ce qui m’arrivait, mais moi dans mon cœur, j’avais la certitude que Dieu existait. 

Et ta seconde expérience de Dieu, comment s’est-elle produite ?

Une fois jeune adulte, je me suis pas mal distancé de Dieu, de la foi et de l’Église. J’avais arrêté d’aller à la messe. Je vivais ma vie comme à peu près tous les jeunes adultes. J’étais souvent sur le party.

Un jour, une de mes très bonnes amies a été retrouvée morte dans son appartement. Pour moi ç’a été un grand choc. On se voyait et s’écrivait souvent, et là, j’apprends tout d’un coup qu’elle n’a pas répondu à mon dernier message parce qu’elle a été assassinée ! En plus, il s’agissait d’un crime assez violent.

Quelle a été ta première réaction ?

Lorsque c’est arrivé, je dois dire que tout mon univers s’est écroulé. Je ne comprenais pas ce qu’il se passait. Mon réflexe a été d’aller à l’Oratoire Saint-Joseph. J’ai continué ensuite d’y aller tous les jours pour me recueillir et c’est comme ça que je me suis reconstruit intérieurement.

Quelques mois plus tard, j’ai fait une expérience spirituelle très forte à l’Oratoire. Une expérience que je pourrais même qualifier de mystique.

J’étais dans l’église et en l’espace de deux secondes, j’ai compris que l’hostie consacrée c’est vraiment le Corps du Christ. Je ne sais pas comment c’est arrivé, car c’était tellement soudain.

C’était une conviction qui était à la foi extrêmement puissante et extrêmement douce. Pourtant, ce n’était pas du tout le genre de réflexion que j’avais normalement. Pour moi, l’hostie c’était évident que c’était seulement un symbole, une image.

N’as-tu pas douté que cela venait vraiment de Dieu ?

Oui, et je me suis même demandé si je n’étais pas en train de devenir fou.

Je suis alors retourné chez moi et j’ai ouvert mon catéchisme de l’Église catholique à la page sur les fruits de l’Eucharistie (la messe). J’ai lu cette section-là, puis j’ai refermé mon livre et je me suis dit : « Mon Dieu c’est la vérité ! ». Ce que je venais de lire dans le catéchisme correspondait exactement à l’expérience spirituelle que je venais de vivre à l’Oratoire. À partir de ce moment-là, j’ai recommencé à m’intéresser à Dieu et à lire les écrits des docteurs de l’Église et des saints.

Et maintenant, tu portes un habit blanc. Qu’est-ce qu’il signifie ?

À la suite de cette deuxième expérience, ma passion pour Dieu était si grande que, un moment donné, j’ai lancé une prière : « Seigneur, si tu m’appelles à la vie religieuse, j’accepte, mais montre-moi où ».

Ma réflexion s’est faite sur plusieurs années en visitant différentes communautés religieuses. Mais, un jour, j’ai compris enfin que le Seigneur m’appelait à rentrer dans l’Ordre des Prêcheurs au Canada. J’ai donc revêtu l’habit blanc des Dominicains il y a deux ans et fait des vœux temporaires.

Qu’est-ce que Dieu a changé dans ta vie ?

Lorsque je vivais sans Dieu (même si on n’est jamais très loin de Dieu), je ne me sentais pas comblé. C’est-à-dire que j’avais beaucoup d’amis, je réussissais bien à l’école, je n’avais pas de grave problème comme tel, mais je ressentais tout de même un certain vide intérieur, une sorte d’incomplétude.

Mais depuis que je vis tous les jours avec Dieu, c’est comme si j’avais le morceau qui me manquait pour que le casse-tête soit complet. Même si la vie chrétienne n’est pas tout le temps facile, je me rends compte que je ne suis plus insatisfait comme avant. Au contraire, je dois dire que je me sens maintenant complètement libre !

Qu’aimerais-tu dire à quelqu’un qui cherche Dieu ou le sens de la vie ?

Ce que j’ai envie de lui dire, c’est que Dieu est une personne, une personne réelle avec qui on peut être en relation. Je lui suggèrerais donc d’entrer en relation avec ce Dieu par la prière. Ce que j’entends par la prière, ce n’est pas juste de réciter des prières toutes faites, mais surtout de s’intéresser à Dieu comme on s’intéresse à un ami.

Mais comment entrer en relation avec un ami invisible ?

On dit que Dieu est partout. Alors il suffit de fermer ses yeux, de rentrer en soi-même et de dire : « Seigneur si tu existes, montre-moi des signes de ta présence. »

Il faut garder son cœur ouvert aussi. Parfois on demande des choses à Dieu, et il nous envoie des signes, mais on demeure sceptique parce que notre cœur est fermé. Il faut avoir le cœur ouvert pour accueillir les signes et les cadeaux de Dieu.

Comme un Sega Genesis !

(Rire !) Un Sega Genesis si on est un enfant de 10 ans oui, ou autre chose de plus significatif si on est un jeune homme de 25 ans1.


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Notes:

  1. Bien que cette anecdote de prière exaucée puisse ressembler à de la superstition, il est possible d’y voir l’expression d’une foi sincère. En effet, Lamphone ne considère pas la prière comme une sorte de formule magique qui permettrait d’obtenir de Dieu automatiquement tout ce qu’on lui demande, mais davantage comme la demande d’un enfant à un père bienveillant, qui écoute et répond à sa prière quand cela peut être un signe de son amour pour lui. D’un point de vue catholique, on tombe dans la superstition lorsqu’on attache l’efficacité des rites à la seule matérialité des prières, ou des signes sacramentels, en dehors de toutes les dispositions intérieures qu’ils exigent.

Simon Lessard

Rédacteur et responsable de l’innovation au Verbe, Simon Lessard est diplômé en philosophie et théologie. Il aime entrer en dialogue avec les chercheurs de vérité et tirer de la culture occidentale du neuf et de l’ancien afin d’interpréter les signes de notre temps.

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