projet de loi C-7 docteurs
Selon le docteur Pascal Bastien, l'aide médicale à mourir, que propose de rendre plus accessible le projet de loi C-7, n'entraine pas un véritable respect du choix du patient. Photo : Jonathan Borda / Pexels.

Aider à vivre plutôt qu’à mourir

Depuis le 19 octobre dernier, une déclaration contre le projet de loi C-7 circule sur Internet et les médias sociaux. Au moment d’écrire ces lignes, 771 médecins à travers le Canada l’ont signée. Le projet de loi C-7 propose des changements à l’actuelle loi fédérale sur l’aide médicale à mourir. Ces modifications élargiraient les critères permettant aux malades déclarant vivre avec des douleurs insoutenables d’avoir accès à l’euthanasie. Le docteur Pascal Bastien, chef de division en médecine interne générale à l’Hôpital général de North York et membre de la branche torontoise de la Fédération canadienne des sociétés de médecins catholiques, explique au Verbe pourquoi il a signé cette déclaration.

La loi fédérale sur l’aide médicale à mourir, entrée en vigueur en 2016, accorde aux personnes malades aux prises avec des douleurs insoutenables et dont la mort est raisonnablement prévisible le droit de mettre fin à leur vie avec l’aide d’un médecin. La loi québécoise concernant les soins de fin de vie va dans le même sens en spécifiant que le malade doit être en fin de vie pour demander l’aide médicale à mourir.

En 2019, deux Montréalais ont contesté devant les tribunaux la notion de mort raisonnablement prévisible contenue dans les deux lois. Ils prétextaient que ce critère était discriminatoire. La Cour supérieure leur a donné raison.   

On ne peut plus parler d’« aide » 

C’est donc pour s’ajuster au jugement de la Cour Supérieure du Québec que le projet de loi C-7 a été présenté. Ce dernier veut donner aux personnes malades aux prises avec des douleurs insoutenables et dont la mort n’est pas raisonnablement prévisible accès à l’aide médicale à mourir. 

Projet de loi C-7
Le docteur Pascal Bastien.

« C’est un changement radical. On ne peut plus parler d’aide médicale à mourir à partir du moment où la mort naturellement envisageable n’est plus [un critère] et où l’on se met à administrer la mort à un patient qui [n’est] pas mourant », souligne le docteur Pascal Bastien. 

Pour le praticien, nous devrions plutôt parler de « mort administrée par un médecin » et non « d’aide médicale à mourir ».  

Pascal Bastien croit que les promoteurs de l’aide médicale à mourir, qu’il compare à l’euthanasie, « se sont persuadés, à tort, que la mise à mort d’un patient est une solution acceptable à la douleur. » 

Les souffrances principales, et presque exclusives, qui mènent aux demandes d’aide médicale à mourir sont la souffrance psychologique et la souffrance existentielle.

Pascal Bastien

Selon lui, « la médecine palliative moderne est extrêmement apte à prodiguer des soins et du soulagement efficace aux patients qui souffrent de douleurs physiques. Le drame, c’est que [les] soins palliatifs [reçoivent] moins d’attention que l’aide médicale à mourir. »

Une souffrance à prendre en charge

Le médecin torontois précise que « les souffrances principales, et presque exclusives, qui mènent aux demandes d’aide médicale à mourir sont la souffrance psychologique et la souffrance existentielle. C’est ce que la littérature scientifique nous indique. Je ne pense pas que cela soit un sujet à controverse, même par les promoteurs de l’aide médicale à mourir. »

Pascal Bastien est d’avis que la prise en charge de ces types de souffrances n’est pas très populaire, car elle est « beaucoup plus complexe et prend beaucoup de temps. Elle suppose, d’un point de vue médical, que beaucoup de spécialistes s’impliquent dans cette prise en charge. »

Le docteur Bastien pointe également du doigt le fait que le projet de loi C-7 supprime le délai de 10 jours de réflexion imposé aux personnes aux prises avec des douleurs intolérables et dont la mort est raisonnablement prévisible. « Le fait de supprimer ce délai de réflexion, qui était très court, est malhonnête. »

Un délai trop court pour les malades dont la mort n’est pas raisonnablement prévisible

Le projet de loi C-7 obligerait les malades souffrant de douleurs intolérables, mais dont la mort n’est pas raisonnablement prévisible, à vivre une période de réflexion de 90 jours. 

« Je ne trouve pas que ce délai est assez grand. Il faut d’abord accepter que cela soit raisonnable d’autoriser l’euthanasie à une personne dont la mort n’est pas raisonnablement prévisible. Même si on acceptait cela, nous devrions nous poser ces questions : si cela prend six mois à un patient avant de rencontrer un psychiatre et 90 jours seulement pour recevoir l’aide médicale à mourir, est-ce que l’on a donné un réel choix à ce patient ?

« Qui peut prétendre que notre démarche est honnête quand on met une telle pression pour que l’aide médicale à mourir soit disponible à tous tout le temps et très rapidement alors que nous n’avons pas fait les mêmes efforts pour les soins en santé mentale ? »

Un faux choix qui dénature la profession des médecins

Pascal Bastien ne croit pas que l’on respecte réellement la liberté de choisir du patient comme avancent les promoteurs de l’aide médicale à mourir. « Ce n’est pas un vrai respect de la liberté de choix. C’est, au contraire, une espèce de manipulation. »

Lorsque nous lui demandons ce que le projet de loi C-7 dit sur l’état de la société canadienne, le docteur Bastien cite la conclusion de la déclaration signée par plus de 771 médecins : 

« Notre profession a été forcée de faciliter le suicide au lieu de le prévenir, et ce, pour un nombre toujours croissant de personnes. Nous observons avec consternation et horreur la façon dont la nature de notre profession médicale a été si rapidement détruite par la création de lois malavisées. […] [L]’adoption du projet de loi C‑7, si rien n’est fait, contribuera à la destruction de bien plus que notre profession médicale, mais fondamentalement, d’une société canadienne qui apprécie véritablement et qui prend soin de ses membres les plus vulnérables. Les Canadiens et Canadiennes méritent mieux. »


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Yves est un missionnaire dans l’âme, spécialiste de renom des sectes et de leurs effets. Journaliste depuis plus de vingt-cinq ans, il aime entrer en dialogue avec les athées, les indifférents et ceux qui adhèrent à une foi différente de la sienne.

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