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Une piscine en forme de lune

Le dernier opus de Radiohead porte bien son nom: on peut à la fois avoir l’impression de s’y noyer et d’y trouver l’apaisement de la lumière lunaire.

Il m’aura fallu attendre impatiemment neuf longues années avant la sortie de ce neuvième album du groupe britannique, et ce, après le mémorable et transcendant In Rainbows (2007). Celui-ci est indéniablement l’un des albums que j’ai le plus écouté en boucle de toute ma vie.

Il va donc sans dire que les attentes étaient très élevées, d’autant plus qu’il y avait eu entre temps The King of Limbs (2011) que je considère n’être qu’un album de transition tellement il m’a semblé dépouillé.

Dialectique discographique

La qualité de la discographie de Radiohead suit une dynamique assez similaire à l’humeur de son chanteur Thom Yorke: elle est en dents de scie. Entre deux albums qui marquent l’histoire de la musique alternative, ils nous servent ce que j’ai appelé précédemment des albums de transition, non pas sans intérêt, loin de là, mais qui tranchent généralement avec ceux qui les précèdent. J’irais même jusqu’à dire que leur discographie fonctionne comme une sorte de dialectique: thèse, antithèse et synthèse.

A Moon Shaped Pool, né en téléchargement le 8 mai dernier, s’inscrit dans la continuité d’In Rainbows en ajoutant cependant quelques nouvelles couleurs à l’arc-en-ciel. Cet inoubliable album de 2007 tranchait radicalement avec le Radiohead que l’on connaissait auparavant en offrant un son plus accessible, dans l’ensemble beaucoup moins rock, plus mélodieux et, il faut le dire, beaucoup plus joyeux. Les textes tiraient un trait sur une vision du monde pessimiste et faisaient place à des paroles plus personnelles empreintes d’un certain humour même.

Au niveau musical, A Moon Shaped Pool poursuit dans ce registre beaucoup plus organique et mélodique avec la présence de cordes sur plusieurs pistes (Burn the witch, Glass Eyes). On y trouve des tonalités dissonantes et des agencements de sons qui nous font pénétrer dans une atmosphère mystérieuse, inquiétante, voire onirique. Pensons notamment à la troublante Daydreaming dont le vidéoclip fut réalisé par Paul Thomas Anderson (Magnolia, There Will Be Blood, The Master).

Plus ambiant

Difficile d’étiqueter Radiohead.

L’album porte aussi l’influence de rythmes jazz (Desert Island Disk, The Numbers) et même trip-hop (Ful Stop). Dans la même lignée que King of Limbs ou que certains albums plus anciens tels que Kid A (2000) ou Amnesiac (2001), je dirais toutefois, à mon grand dam, que le style un peu plus ambiant de celui-ci donne l’impression d’un certain effacement des autres musiciens du groupe. En effet, ceux qui, comme moi peut-être, espéraient le retour des grandes prouesses guitaristiques de Johnny Greenwood seront déçus.

Dans les dernières années, les deux grandes têtes du band, Yorke et Greenwood, se sont beaucoup affairés à des projets musicaux parallèles; Yorke dans l’électronique et Greenwood dans la composition de bandes sonores beaucoup plus orchestrales. C’est d’emblée le fruit de leur travail respectif que l’on peut entendre.

Ombres et lumières

Certes, il existe une musique plus gaie que celle de Radiohead et d’aucuns pourraient se questionner sur la bonté de celle-ci. Les textes du présent album sont parfois obscurs, parfois cyniques. Il est possible d’y décoder, comme à l’habitude, une désillusion par rapport au monde moderne, à la condition humaine (« Your system is a lie a river running dry »). Or, c’est précisément là, à travers une texture musicale cristalline, voire céleste toute propre à l’album, que se laisse profiler une lune qui vient éclairer les coins d’ombres; la révolte et le dégoût ne sont-ils pas après tout les prémices d’un réel changement ?

Est-ce que A Moon Shaped Pool a su, au final, correspondre à la hauteur de mes attentes ? Je dirais que je suis surpris de constater à quel point il joue de manière incessante dans ma voiture depuis un mois. Je ne suis pas prêt à affirmer cependant qu’il saura avoir un impact et une pérennité tel qu’In Rainbows. Pour clore l’album, ils nous ont offert une nouvelle mouture plutôt inintéressante d’un vieux classique, True love waits. En espérant que ce n’est pas une manière de vérifier si les vrais fans attendront encore 10 ans pour un autre bébé.

*

A Moon Shaped Pool sera disponible matériellement parlant le 17 juin prochain. Le Knock-Out sur Saint-Joseph diffusera du Radiohead toute la journée et on pourra entendre l’album en direct à partir de 13h00. Prix à gagner, affiches et items promotionnels y seront distribués.

James Langlois

Jeune époux et père, James travaille pour Le Verbe comme adjoint au rédacteur en chef. Il a étudié l'éducation, la philosophie et la théologie. Son cursus témoigne de ses nombreux champs d’intérêt, mais surtout de son désir de transmettre, de comprendre et d'aimer.

2 Comments

  1. Je trouve l’album plus ambitieux et travaillé que “The King of Limbs”, mais c’est quand même un disque mineur. Il n’y a qu’une seule grande chanson, digne d’être comparée aux anciens classiques du groupe, et c’est Burn the Witch. Comme j’avais de grands espoirs quand j’ai entendu ce premier extrait!

    Au fait, vous connaissez le disque 2 de In Rainbows? À écouter si vous aimez cet album.

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