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Photo : Achim Scholty / Pixabay.

Pourquoi y a-t-il une bassine d’eau à l’entrée des églises ?

Mon collègue James Langlois publiait il y a quelques semaines un texte pour le moins étonnant sur l’invalidité de certains baptêmes, en expliquant les implications rituelles du premier sacrement. Il existe toutefois des conséquences dautre type au baptême ; c’est pourquoi je propose ici un autre angle d’attaque, cette fois architectural : en quoi le baptême a-t-il modifié nos lieux de culte ? Pour répondre à cette question, il faut revenir aux tout débuts du christianisme. 

Le contexte politique des débuts du christianisme

Avant la légalisation du christianisme dans l’Empire romain, les premiers chrétiens étaient dans l’impossibilité de construire des bâtiments officiels pour y célébrer leurs rites. Cela avait comme conséquence que, le plus souvent, on baptisait les catéchumènes par immersion à l’extérieur, dans les lacs et rivières. 

Le tout faisait référence à l’épisode biblique du baptême du Christ dans le Jourdain par Jean le Baptiste. L’action de s’immerger dans l’eau renvoie symboliquement à une forme de purification qui lave le catéchumène de ses péchés et le fait entrer dans une nouvelle vie (celle de chrétien).

Les premières églises

Bien que beaucoup plus bucoliques et parfaitement à l’image des textes évangéliques, il existait un problème avec les baptêmes extérieurs. Ils étaient beaucoup trop visibles pour une minorité religieuse persécutée par le pouvoir impérial !

C’est ainsi que sont nées les premières églises clandestines, les domus ecclesiae, « églises de maison ». La communauté chrétienne convertissait une maison en lieu de culte clandestin en s’assurant que l’usage du bâtiment reste parfaitement invisible de l’extérieur. De telles églises existent malheureusement encore de nos jours dans certains pays communistes ou de tradition musulmane où les chrétiens subissent la persécution. 

Évidemment, il fallait un endroit pour baptiser les catéchumènes à l’intérieur de ces maisons. C’est ainsi que l’on a recyclé tout bonnement la salle de bain des villas romaines transformées en église ! Le terme baptistère vient d’ailleurs du nom latin baptisterium qui signifie « piscine » ou « bassin », pièce se trouvant dans toute villa romaine digne de ce nom. 

Après l’édit de Milan en 313, qui a officialisé la place du christianisme dans l’Empire romain, il est devenu possible pour les chrétiens d’ériger des bâtiments officiels. Par association avec l’usage, le terme baptisterium en est venu à simplement désigner le « bâtiment où l’on baptise ». On divisait en effet les premiers lieux de cultes chrétiens en trois bâtiments selon les pratiques. On baptisait dans le baptisterium, on rendait hommage aux martyrs et aux saints dans le martyrium et on célébrait l’eucharistie dans les ecclesiae. 

Le baptême : un laissez-passer pour entrer dans l’Église

À cette époque, les conversions au christianisme, nouvelle religion de l’État impérial romain, étaient fort nombreuses et la vaste majorité des baptêmes étaient célébrés à l’âge adulte, d’où la nécessité d’un bâtiment dédié à cet usage et comportant une piscine assez vaste pour baptiser plusieurs personnes en même temps.  

Il faut aussi mentionner que dans les premiers temps du christianisme il était formellement interdit aux non-chrétiens d’entrer dans les ecclesiae. On est loin des autobus de touristes visitant nos lieux patrimoniaux ! 

Les Anciens étaient évidemment motivés par des considérations sécuritaires du temps des persécutions. Le baptême était en quelque sorte le laissez-passer A38 d’Astérix ! Un baptisé n’irait pas dénoncer ses frères au pouvoir impérial et révéler l’emplacement secret servant au culte puisqu’il partageait les croyances de la communauté. 

Au-delà des considérations sécuritaires, il y avait également une logique religieuse à cet interdit. Puisque le baptême fait officiellement « entrer » le catéchumène dans la communauté des fidèles, c’est ce dernier qui lui donne accès aux autres sacrements et ultimement au lieu pour les recevoir : l’église. Le baptisterium existait donc comme lieu de passage pour accéder aux ecclesiae.

L’intégration des baptistères dans les églises

Petit à petit, avec la christianisation de l’ensemble de la société, le besoin d’un lieu dédié strictement au baptême devenait moins nécessaire, car on baptisait beaucoup moins souvent de grands groupes de catéchumènes en même temps. Dans ce contexte, les baptêmes d’adultes se faisaient de plus en plus rares. 

D’où la disparition des « piscines » et leur remplacement par les chapelles baptismales ou, plus sobrement, par les fonts baptismaux dans les églises dédiées au culte eucharistique. Une simple cuve est suffisante pour baptiser un enfant en bas âge par immersion.  

On a placé ces éléments du mobilier liturgique, beaucoup plus petits que les piscines d’origine, à l’entrée des églises, dans ou près du narthex, pour respecter la logique religieuse que je viens de mentionner. Et voilà pourquoi, encore de nos jours, nous retrouvons une bassine d’eau à l’entrée des églises ! 


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