cimetière
Photo tirée du compte Facebook de Jean Noreau

Jouer au touriste chez nous… au cimetière !

Alors que la pandémie a mis un frein à ma lancée sur les églises méconnues de la grande région de Québec, j’ai pensé vous faire découvrir un élément inusité du patrimoine religieux : les cimetières !

Le printemps hâtif aidant, et la marche étant une des rares activités encore autorisées par la santé publique, je vous propose une petite visite de deux lieux de mémoire des principales traditions chrétiennes historiquement présentes à Québec : l’un anglophone et protestant, le Mount Hermon Cemetery, et l’autre francophone et catholique, le cimetière Saint-Charles et le Grand Reliquaire de Québec.

Un cimetière éclectique

C’est le manque de lots disponibles au Quebec Protestant Burying Ground (mieux connu sous son appellation familière de cimetière Saint Matthew, situé sur la rue Saint-Jean) qui a entrainé la création, en 1848, d’un nouveau cimetière destiné aux besoins grandissants des communautés protestantes de la ville de Québec. En effet, l’importante immigration provenant des iles britanniques a vite imposé un lieu de sépulture plus vaste que l’étroit lotissement de la rue Saint-Jean qui était en usage depuis 1772. 

De plus, en ce milieu de 19e siècle, les épidémies de choléra ont entrainé une mortalité élevée et une préoccupation sanitaire nouvelle. C’est en raison de ce souci sanitaire que l’on décidera d’établir le cimetière en milieu rural ; une première dans la région de Québec. Il faut garder en tête que le secteur de Sillery, à cette époque, est loin d’être intégré à la ville comme c’est le cas aujourd’hui. On y trouve une multitude de villas de campagne appartenant à de riches commerçants anglophones.

Les formes choisies pour insérer les lots funéraires entre les éléments végétaux sont volontairement irrégulières, ce qui permet de créer de nombreuses perspectives et des effets de surprise.

Mount Hermon est également un pionnier à Québec parce qu’il s’agit d’un cimetière multiconfessionnel. Dès sa création, le lieu est pensé pour recevoir les dépouilles des fidèles de toutes les dénominations protestantes présentes dans la ville de Québec. Avec le temps et les vagues d’immigrations, vont même s’ajouter des lotissements grecs orthodoxes et chinois. Le visiteur, par conséquent, peut observer des monuments funéraires différents de ceux qui sont ailleurs dans la ville. 

Photo tirée de la page Facebook de Samuel Lessard

Mais ce qui fait avant tout le grand intérêt de ce lieu de repos éternel est la qualité de l’aménagement paysager qu’on y retrouve. C’est d’ailleurs parce que Mount Hermon est le plus ancien cimetière-jardin du Canada qu’il est classé comme lieu patrimonial national du Canada en 2005. 

L’aménagement est conçu selon un tracé comportant une multitude de courbes, les sentiers suivent la topographie du terrain et non un plan carré typique des autres cimetières existant à Québec à l’époque. Les formes choisies pour insérer les lots funéraires entre les éléments végétaux sont volontairement irrégulières, ce qui permet de créer de nombreuses perspectives et des effets de surprise pour la personne déambulant dans les sentiers. Le tout avec vue sur le fleuve en prime !

Bref, Mount Hermon est aménagé en s’inspirant des jardins anglais et offre une agréable promenade champêtre au visiteur. 

Un trésor de reliques

Fondé en 1855, le cimetière Saint-Charles deviendra le plus grand cimetière catholique de Québec. Il reprend les principes de ce que la communauté protestante a réalisé quelques années plus tôt. La nouvelle nécropole est elle aussi dans un milieu rural pour des raisons sanitaires et est également pensée comme un cimetière-jardin. 

De nos jours, le cimetière est voisin d’un segment du parc linéaire de la rivière Saint-Charles, renforçant réciproquement les qualités esthétiques des deux endroits. L’on finit par ne plus trop savoir par moments si l’on se trouve dans le cimetière ou dans le parc ! 

Ce qui rend vraiment le cimetière Saint-Charles unique, outre ses dimensions, c’est la présence en son sein, depuis 2017, du Grand Reliquaire.

Il s’agit d’une manière de préserver des objets uniques, en l’occurrence des reliques, en les transférant dans un lieu qui leur est dédié. Les reliques dont il est question ici proviennent des églises et des communautés religieuses forcées de fermer.

Photo tirée de la page Facebook Journal 50

Il s’agit d’une très belle initiative de l’Église catholique de Québec permettant de préserver avec dignité un riche patrimoine qui, autrement, finirait comme de profanes objets de commerce chez les antiquaires. L’aménagement de cette salle, au sous-sol d’un des mausolées, est un véritable petit bijou d’art religieux contemporain qui gagne à être connu ! 

Bonne promenade !


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Emmanuel Lamontagne

Emmanuel est présentement candidat au doctorat en histoire de l'art. Il se spécialise en art et en architecture religieuse.

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