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Et si la fête des Mères n’avait pas lieu…

Fête des Mères
Photo : Jon Flobrant / Unsplash

Au moment d’écrire ces lignes, la distanciation sociale est encore obligatoire. On peut penser que bon nombre de mamans ne pourront pas serrer leurs enfants dans leurs bras pour la fête des Mères cette année. Plutôt que de nous apitoyer sur nos sorts, je convie les mamans à réfléchir avec moi sur la nature de notre rôle maternel.

L’amour donneur

C.S. Lewis, l’intellectuel anglais et auteur des fameuses Chroniques de Narnia, propose une définition de l’affection. Au sujet de ce type d’amour caractéristique de la relation mère-enfant, il écrit : 

Les besoins et l’amour demandeur de l’enfant […] sont manifestes, tout comme l’amour donneur de la mère. Elle donne naissance, elle donne son lait, donne sa protection. D’un autre côté, elle doit donner naissance ou mourir. Elle doit allaiter ou souffrir. De cette manière, son affection aussi est un amour demandeur. C’est en cela que réside le paradoxe. C’est un amour demandeur, mais sa demande est de donner. C’est un amour donneur, mais il a besoin qu’on ait besoin de lui. (Lewis, Les Quatre amours, p. 62.)

Les pièges 

Ce paradoxe porte en lui certains pièges, celui d’exiger l’affection en retour, de culpabiliser l’enfant qui n’est pas « assez affectueux » (l’ingrat !), de réclamer notre dû, voire de vampiriser les enfants devenus grands en exigeant d’eux un retour sur notre « placement » !

À l’inverse, on pourrait avoir tendance à se rendre indispensable. En créant à nos enfants des besoins qu’ils n’ont pas ou qu’ils n’ont plus, on persisterait à les rendre dépendants de nous. 

Abdiquer

Or, l’affection véritable d’une mère aspire à l’autonomie de sa progéniture, soit à une saine prise de distance, tant sur le plan intellectuel que physique et même, spirituel et religieux. 

Lewis écrit à juste titre : « lorsqu’on donne, notre objectif réel doit être de placer celui qui reçoit dans une position où il n’aura plus besoin de notre don. » En fait, « [l’amour donneur] doit verser vers sa propre abdication. » (p. 93) 

Il n’existe pas de science précise ou de consignes claires […]. On aura beau lire des livres sur l’éducation, la subtilité d’une telle « science » de l’abdication nous échappera toujours.

Évidemment, chaque maman se positionne différemment sur ce long continuum de l’abdication. La réalité n’est pas la même pour la maman d’un bébé naissant que pour la maman d’un adulte. De même, plusieurs autres facteurs entrent ici en jeu. 

Il n’existe pas de science précise ou de consignes claires sur le degré d’indépendance que nous devrions donner ou non à nos enfants au cours de leur croissance. On aura beau lire des livres sur l’éducation, la subtilité d’une telle « science » de l’abdication nous échappera toujours.

Mes petites questions…

Pour parler franchement, en tant que « mère-poule-donneuse-d’affection » de plusieurs enfants, je me pose régulièrement des questions. 

Par exemple, quelle latitude donner à mon bambin de deux ans lorsque nous allons jouer dans les modules de jeux au parc (ne vous inquiétez pas, nous n’y allons plus depuis que c’est interdit !) ? Je me trouve parfois trop aux aguets, mais à regarder d’autres mères, on pourrait penser que je suis très permissive. Qu’en est-il vraiment ?

Ou encore, comment donner l’assurance à mon petit lorsqu’il me quitte pour la première fois lors de son entrée à la maternelle ? 

Ce ne sont là que des broutilles vous me direz, mais ne vous y trompez pas, la réponse que je donne à ces petits détails modèle mes enfants. C’est déjà cette mère-là qui influencera encore demain le devenir de sa progéniture.

Et mes grandes questions

Que dire de mes grands enfants qui terminent le secondaire cette année (oui, bon, il est vrai qu’ils ne le termineront jamais vraiment ce secondaire !) ? Leur départ du nid familial approche à grands pas. Comment les aider à prendre l’autonomie qu’il leur manque pour devenir des adultes ? Et, faut-il que je le précise, que faire pour pallier mes propres manquements passés et présents ?

Je me demande comment cultiver une saine relation mère-enfant rendu à cet âge. Les mises en garde de Lewis à ce sujet me semblent tout à fait fondées. Comment abdiquer ? Comment cela prend-il forme concrètement ?

L’affection qui libère

Non, pas question de devenir cette « Mme Inlassable » qui aliène sa famille par besoin de se savoir encore utile. 

Car l’affection, lorsqu’elle est seule, finit par nous pourrir, nous dit encore Lewis. Elle a besoin de « décence ». Il fait par là allusion « à la bonté, à la gentillesse, à la patience, à l’oubli de soi, à l’humilité et à une sorte d’amour plus élevé ». (p. 101)

Voilà qui mérite d’être médité. 

Quoi de mieux que cette journée de la fête des Mères, où nous serons pour plusieurs privées de nos enfants, pour réfléchir à ces clés susceptibles d’améliorer notre relation avec eux, qu’ils soient petits ou grands ? 


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Émilie Théorêt

Émilie Théorêt détient un doctorat en études littéraires. En historienne de la littérature, elle aime interroger les choix qui ont façonné et qui façonnent encore la société québécoise.

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